Habiletés professionnelles

Non verbal à distance : quelques bonnes habitudes pour des visioconférences plus claires

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Non verbal à distance : quelques bonnes habitudes pour des visioconférences plus claires

Avec la distance, votre non verbal est limité, réduit par l’écran, le son du micro, la qualité de la connexion : le canal appauvrit des éléments, tout en amplifiant d’autres. Une combinaison propice aux malentendus et à l’agacement. Or, il est possible de mettre en place des habitudes simples, pour restaurer de la clarté et de la sécurité psychologique, cet équilibre relationnel essentiel définit par la chercheuse Amy Edmondson comme prérequis à la coopération et à l’expression libre.

Quelques mythes, ou biais, à oublier en visioconférence

Telle posture indique ceci, telle attitude implique cela… ce n’est déjà pas si simple en présence, ça l’est encore moins à distance.

  • En visio, un indice isolé (sourcil levé, regard fuyant) ne veut rien dire. Le contexte et la répétition doivent être pris en compte avant d’interpréter.
  • Les « power poses »1  suffisent… pas tant. La littérature sur le sujet est très mitigée : des tests sur un large échantillon n’ont pas permis d’identifier des effets hormonaux, ni comportementaux. Au mieux, de petits effets sur le ressenti subjectif. 
  • Une caméra fermée n’est pas (forcément) signe de désengagement : des contraintes techniques (ou des activités domestiques possiblement envahissantes) peuvent l’expliquer. Validez avant de conclure. Et si c’est vous qui avez des enjeux techniques, prévenez les autres dès le début de la rencontre.
  • L’interlocuteur est désengagé au vu de son temps de réaction : un décalage (audio/vidéo) ou une mauvaise qualité de transmission peuvent créer une certaine distance. Ce n’est pas (que) vous, c’est aussi le canal.

Gardez à l’esprit que notre cerveau à tendance à « combler » les blancs. Ce phénomène peut alimenter les biais d’interprétation : « trop lent = démotivé », « pas de sourire = désaccord », « regarde ailleurs = pas intéressé·e ». Ces jugements sont souvent faux, car ils peuvent très bien être le fruit d’enjeux techniques. Vigilance donc, car ce sont dans ces moments que les frictions relationnelles naissent. Cela dit, il arrive aussi que ces signaux traduisent bel et bien un ressenti négatif (démotivation, agacement…). Une question ouverte ou une reformulation peuvent révéler si un malaise est présent.

Mais il y a quand même des « trucs » qui peuvent aider…

7 micro-habitudes non verbales pour vos réunions à distance

1. Ancrez votre voix par la respiration

Juste avant de parler, faites 2 cycles 4–4–6 (inspirer 4 sec., pause 4 sec., expirer 6 sec.).
► Timbre plus stable, débit moins pressé, perception de maîtrise accrue.

2. Cadrez votre présence

Évitez la contre-plongée (peut donner l’impression que vous vous imposez) et la lumière arrière (qui va provoquer un contre-jour et vous « effacer »). Si possible, placez la caméra à hauteur des yeux avec un cadrage qui englobe les épaules/le haut du torse, avec une lumière de face (évidemment si la caméra est intégré à votre ordinateur portable vous aurez moins de flexibilité).
► Plus grande lisibilité des expressions et des mains, ce qui contribue à donner une impression d’ouverture.

3. Utilisez vos mains comme sous-titres visuels

Pour faire écho au point précédent, gardez-les dans le cadre, paumes visibles, et faites des gestes lents et illustratifs. Évitez de tripoter votre stylo (ou n’importe quel autre objet) à l’écran.
► Vous serez plus clair·e et offrirez moins de « bruit » anxieux.

4. Ralentissez et valorisez le silence

En visio, parlez 10–15 % plus lentement. Après une question, marquez 2 secondes de pause pour compenser la latence. Sans doute une des habitudes les plus difficiles !
► Moins de chevauchements, plus de participation (notamment de la part des plus réservé·es).

5. Soyez expressif

L’écran « aplatit » les émotions, un petit plus d’expressivité compense sans surjouer.
► Échange plus chaleureux et engagé.

6. Pratiquez des signaux d’écoute visibles et brefs

Hochement de tête bien visible, micro ouvert pour un « oui » bref, ou mini reformulation: « Si je comprends: a-b-c. Exact ? » (tout plutôt qu’un « hmm-hmm »).
► Validation claire qui évite les malentendus.

7. Tours de parole explicites

Limiter l’effet de surprise, pas toujours bien perçu, en nommant les gens avant de les questionner (« Sophie, quel est ton point de vue ? »), plutôt qu’à la fin de la phrase ("On en est où des résultats Antoine ?"). Ce faisant on évite de prendre la personne au dépourvu.
► Baisse des interruptions à tout va et fluidité des échanges

Pourquoi ça fonctionne

À distance, les signaux sociaux sont diminués (expressions atténuées, silences ambigus, etc.), alors même que la charge cognitive augmente (écran, latence, fragmentation de l’attention). Cela multiplie les risques de malentendus, ou la sensation d’une certaine froideur dans l’ambiance, parfois injustement interprétée.
Adopter certaines micro-habitudes dans sa communication non verbale permet de rendre l’échange plus lisible et plus sûr. C’est une manière d’ancrer une qualité de présence qui se transmet, et qui soutient l’écoute, l’ajustement, voire la prise de parole des autres.

➡️Communication : savoir utiliser le non verbal

 

1 Les « power poses » sont des postures corporelles dites dominantes (comme se tenir debout, mains sur les hanches, torse ouvert – pensez à Superman) qui augmenteraient la confiance en soi ou influenceraient notre état mental. L’idée repose sur le principe que « se tenir comme si on avait confiance » permettrait d’en ressentir les effets.

Sources
Edmondson, A. (1999). Psychological Safety and Learning Behavior in Work Teams.
Bailenson, J. (2021).
Nonverbal Overload: A Theoretical Argument for Zoom Fatigue.
Schoenenberg, K. et al. (2014).
The Impact of Delay on Conversational Satisfaction in Video Communication.