Pour la 10e année consécutive, la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal publie ce rapport qui constate que les grandes tendances ont peu évolué dans le secteur de l’énergie, au Québec. La part des produits pétroliers est sensiblement la même, l’hydroélectricité domine la production d’électricité et le gaz naturel maintient sa part de consommation énergétique de la province.
Comme le mentionne l’étude, certains enjeux semblent derrière nous. Il n’est pas faux de dire que le sujet de la construction de pipelines ou d’exploitation d’hydrocarbures sont peut-être moins d’actualité, mais ils ont été remplacés par de nouveaux grands consommateurs industriels d’électricité : des projets d’hydrogène vert sont maintenant sur la table. En définitive, les discours ont peut-être évolué, mais cela ne se reflète pas dans les données qui demeurent constantes. À noter que la rédaction de ce rapport de HEC Montréal a nécessité la contribution des données de Statistique Canada, Ressources naturelles Canada et du Gouvernement du Québec.
Des données difficiles à trouver
Le rapport souligne que le fait de concevoir et mettre en place des actions pour atteindre l’objectif de carboneutralité fixé par le Gouvernement du Québec en 2050 exigera que tous les acteurs impliqués puissent bénéficier des mêmes informations objectives, transparentes et détaillées. Or, l’étude dénonce la difficulté à trouver ces informations. Par exemple, alors qu’il était possible de connaître la consommation mensuelle de pétrole “en temps réel” au Québec jusqu’en 2018, il faut maintenant attendre l’année suivante pour connaître la consommation de l’année précédente. Ces limites d’accès aux données freinent l’innovation. Il y a urgence à revoir l’approche en la matière. Alors que les pouvoirs publics trainent des pieds, c’est une occasion rêvée pour les entreprises de prendre les devants et de pousser le gouvernement à revoir son approche.
Qu’est-ce que la carboneutralité?
Comme le mentionne le Gouvernement du Canada, l’objectif de la carboneutralité signifie que notre économie n’émet pas de gaz à effet de serre ou compense ses émissions, par exemple, par des mesures comme la plantation d’arbres ou l’utilisation de technologies qui peuvent capter le carbone avant qu’il ne soit rejeté dans l’air. Elle est essentielle pour que nos enfants et nos petits enfants grandissent dans un monde sûr où il fait bon vivre.
Le Canada s’est joint à plus de 120 pays pour s’engager à atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici 2050, dont ceux du G7 (Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Italie, France et Japon). Un certain nombre de provinces et de villes ont déjà pris des engagements pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, dont Guelph, Vancouver, Hamilton, Toronto, Halifax, Terre-Neuve-et-Labrador et, plus récemment, le Québec dont les détails demeurent à éclaircir.
Quelques perspectives pour 2024
Ne soyons pas trop pessimistes dans la mesure où plusieurs projets de loi et certaines initiatives devraient être mis de l’avant en 2024 afin d’améliorer notre score actuel au Canada. Bien sûr, les entreprises surveillent attentivement les obligations (et les incitatifs) qui les viseront. Pour le moment, la carboneutralité prévue en 2050 est encore un souhait lointain, mais les choses pourraient changer à plus grande vitesse au cours des prochaines années.
Voici ce qui est à l’étude en ce moment :
- Le ministre québécois de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Pierre Fitzbibbon, proposera une modification de la loi sur l’énergie qui a d’abord été annoncée en 2023, puis reportée en juin 2024. Ce projet de loi visera à clarifier le rôle de la Régie de l’énergie dans la transition énergétique, la place des producteurs d’énergie indépendants et la croissance des tarifs de consommation d’électricité pour les particuliers et les entreprises. Ce sera un dossier à suivre.
- Est-ce que les plafonds d’émission seront abaissés pour suivre l’ambition accrue de la Californie de réduire ses émissions en 2030 de 48 % sous le niveau de 1990? À ce sujet, comment la séquestration et le captage du carbone seront pris en charge?
- La tarification du gaz naturel devrait varier en raison des mesures relatives à la vente et à l’achat de gaz naturel renouvelable, une initiative de la Régie de l’énergie. En ce sens, la Régie value actuellement les prévisions du marché avant de procéder à une annonce.
Pour conclure
Le Conference Board du Canada émet un premier constat, dans son guide traitant de la carboneutralité des entreprises : Le Canada ne peut réussir la transition vers la carboneutralité que si les PME jouent un rôle actif. Toutefois, de quelle manière s’orienteront les principes environnementaux, sociaux et de gouvernance pour les entreprises en 2024? Comment les projets de lois des titulaires de charges publiques et les grands décideurs (tel la Régie de l’énergie) influenceront les obligations des entreprises? Atteindrons-nous la carboneutralité en 2050? Toutes ces questions -aussi pertinentes soient-elles- demeurent actuellement sans réponse claire et les entreprises ont de la difficulté à prévoir sur quel pied danser. Il y a fort à parier que les entreprises qui s’en sortiront le mieux sont celles qui anticiperont et prépareront un plan d’action détaillé et réaliste pour leur organisation. La question n’est donc pas de savoir si des initiatives ESG verront le jour, mais plutôt quand et avec quels types de contraintes et amendes pour les entreprises qui ne se conforment pas. En ce sens, planifier et prioriser des actions deviendra une question de survie.
Pour aller plus loin : ESG : concevoir un plan d’action
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