Déléguer, une aptitude sous-estimée
Selon une enquête, près de 70 % des gestionnaires déclarent avoir des difficultés à déléguer efficacement. Les raisons ? Un mélange de perfectionnisme, de manque de confiance envers les collaborateurs et parfois, une croyance erronée selon laquelle déléguer ferait perdre du temps.
Pourtant, déléguer, ce n’est pas se débarrasser d’une tâche. C’est offrir une opportunité de développement aux membres de son équipe, tout en s’accordant du temps pour se concentrer sur ses propres responsabilités stratégiques.
Les entreprises qui favorisent activement la délégation gagnent en agilité et en engagement : une étude de Gallup menée auprès de 143 PDG d’entreprises en croissance révèle que ceux qui délèguent efficacement voient leur entreprise générer 33 % de revenus supplémentaires par rapport aux dirigeants qui délèguent peu.
Pourquoi est-ce si difficile de déléguer ?
Les gestionnaires qui ont du mal à déléguer font souvent face à des croyances limitantes, comme:
- « Personne ne le fera aussi bien que moi. »
- « Je vais perdre du temps à expliquer. »
- « Si j’en donne trop, je vais surcharger mes collaborateurs. »
- « Déléguer, c’est perdre le contrôle. »
Ces freins sont compréhensibles, mais ils sont aussi coûteux. Ils mènent à la surcharge, à l’essoufflement des gestionnaires et au désengagement des équipes qui n’ont pas la possibilité de s’impliquer à leur juste valeur.
Selon Rebecca Knight, dans Harvard Business Review (2025), l’une des clés pour surmonter ces blocages est d’identifier ses propres résistances : Qu’est-ce qui m’empêche de déléguer ? Ai-je peur de perdre ma crédibilité ? Ai-je confiance dans les capacités de mon équipe ?
Cette introspection permet d’attaquer le problème à la racine.
Un autre piège courant ? Confondre délégation et abandon. Une délégation efficace ne signifie pas « se désintéresser » de la tâche, mais ajuster son niveau de suivi en fonction de la personne et de la situation.
Les clés d’une délégation efficace
Déléguer ne s’improvise pas. Voici des leviers concrets pour mieux s’y prendre.
1. Commencer par des petits pas
Si déléguer vous semble risqué, commencez par confier des tâches simples et sans enjeu majeur. Cela vous permettra de bâtir la confiance et de créer des succès partagés avant de déléguer des responsabilités plus stratégiques.
2. Déléguer la bonne tâche à la bonne personne
Tout ne se délègue pas. Un gestionnaire devrait déléguer les activités :
- qui sont répétitives ou techniques et qui ne nécessitent pas son niveau d’expertise ;
- qui contribuent au développement des compétences des collaborateurs ;
- qui permettent aux membres de l’équipe de gagner en autonomie.
À l’inverse, les décisions stratégiques, la gestion des risques ou certains dossiers sensibles restent généralement sous la responsabilité du gestionnaire.
3. Clarifier attentes et marges de manœuvre
Une délégation réussie commence par une communication claire :
- Quel est le résultat attendu ?
- Quels sont les délais ?
- Quelles sont les ressources disponibles ?
- Quel niveau de liberté a le collaborateur pour décider ou proposer ?
Lorsque les attentes sont bien cadrées, la délégation devient un moteur de responsabilisation, pas une source de stress.
4. Accompagner, sans microgérer
Déléguer ne veut pas dire « lâcher complètement ». Il s’agit d’adopter un rôle de soutien, en vérifiant les points de contrôle sans étouffer l’autonomie.
Une erreur fréquente consiste à surcontrôler par peur de l’échec. Au contraire, accorder de la confiance, offrir du feedback constructif et accepter les ajustements sont les piliers d’un leadership basé sur la responsabilisation.
5. Accepter que les choses soient faites différemment
Une autre clé de la délégation est d’accepter que les choses puissent être réalisées autrement que vous ne l’auriez fait. L’important n’est pas le chemin, mais le résultat. Cette souplesse permet aux collaborateurs de s’approprier les projets et de développer leur créativité.
La délégation, moteur de croissance pour tous
La délégation n’est pas une perte de contrôle, c’est une preuve de leadership. Elle permet aux gestionnaires de se recentrer sur leurs priorités, de développer leurs équipes et de bâtir une organisation plus agile et plus motivée.
Il n’est jamais trop tard pour apprendre à déléguer autrement. Cela demande du courage, de la méthode et une volonté d’ajuster ses réflexes de gestion.
Pour aller plus loin :
➡️ Délégation efficace : responsabiliser et motiver les collaborateurs